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La loi organique relative aux lois de finances au Bénin : entre ambition réformatrice et impuissance structurelle

5 min de lecture par Julien DENAGBE

De la LOLF de 1986 à celle de 2013, analyse critique de la réforme budgétaire béninoise : acquis réels, mais budgets-programmes sans force juridique, participation citoyenne absente et chaîne de responsabilité inachevée.

La loi organique relative aux lois de finances au Bénin : entre ambition réformatrice et impuissance structurelle

Introduction

« Qui contrôle le budget contrôle l'État » : cette maxime ancienne saisit l'enjeu fondamental de toute loi organique relative aux lois de finances. Au Bénin, la LOLF constitue la norme supérieure organisant l'élaboration, le vote, l'exécution et le contrôle du budget de l'État.

L'histoire constitutionnelle financière béninoise se déploie en deux temps distincts : d'abord la LOLF de 1986, texte fondateur mais idéologiquement dépassé ; ensuite la LOLF de 2013, qui marque une rupture en transposant les directives de l'UEMOA et en substituant une logique de résultats à une logique de moyens.

Dix ans après cette réforme, un paradoxe frappe : des indicateurs macroéconomiques satisfaisants coexistent avec une mise en œuvre de la performance budgétaire demeurant largement déclaratoire. Ce paradoxe motive la présente analyse.

De la LOLF de 1986 à celle de 2013 : rupture idéologique et modernisation normative

La LOLF de 1986

Adoptée le 26 septembre 1986 par l'Assemblée nationale révolutionnaire sous un régime marxiste-léniniste, cette première LOLF comble un vide juridique majeur. La législation financière antérieure était dispersée et partiellement fondée sur un texte colonial datant de 1912. Elle introduit une discipline budgétaire là où l'orthodoxie financière avait été compromise.

Cependant, cette loi porte ses propres limites. Elle référence des institutions dissoutes (l'Assemblée nationale révolutionnaire, le Comité permanent, le Parti de la révolution populaire) et contient des dispositions devenues caduques depuis le retour au multipartisme et l'adoption de la Constitution du 11 décembre 1990.

Plus fondamentalement, elle s'inscrit dans une logique de budget de moyens incompatible avec les exigences modernes de reddition de comptes et de gestion par la performance.

La LOLF de 2013

La loi organique n° 2013-14 du 27 septembre 2013 constitue une rupture normative majeure. Elle transpose les directives du cadre harmonisé de l'UEMOA, notamment la directive n° 06/2009 portant lois de finances.

Trois innovations institutionnelles majeures caractérisent cette réforme :

Premièrement, le passage d'une logique de moyens à une logique de résultats. Le budget par chapitre cède la place à un budget par programmes. Chaque programme devient l'unité de vote et d'exécution budgétaires, articulé autour d'objectifs mesurables et d'indicateurs de performance.

Deuxièmement, l'introduction d'outils de programmation pluriannuelle : le Document de Programmation Budgétaire et Économique Pluriannuel (DPBEP), le Document de Programmation Pluriannuelle des Dépenses (DPPD), les Projets Annuels de Performance (PAP) et les Rapports Annuels de Performance (RAP). Ces instruments ancrent la gestion publique dans une perspective de moyen terme et permettent une évaluation systématique des politiques publiques.

Troisièmement, le renforcement du rôle parlementaire dans le contrôle budgétaire et l'enrichissement des obligations de transparence et d'information gouvernementales.

Les impensés et limites fondamentales de la réforme

L'approche ici n'est pas une critique à charge, mais une analyse visant à identifier les imperfections pour l'actualisation future du texte.

La force juridique du budget-programme

Les budgets-programmes demeurent de simples documents de travail pour les administrations et des annexes explicatives pour les parlementaires. Ils n'ont pas de valeur juridique opposable.

C'est une insuffisance majeure. Bien que la LOLF institue le programme comme unité fondamentale de la gestion, l'absence d'opposabilité juridique signifie que les gestionnaires ne risquent ni sanction pour non-atteinte des objectifs ni récompense pour dépassement. La réforme a transformé le vocabulaire sans en changer la substance.

La participation citoyenne

Une réforme des finances publiques sans implication citoyenne reste incomplète. L'analyse standard de la LOLF béninoise ne traite pas la question de la participation citoyenne au processus budgétaire. Une LOLF moderne implique une société civile capable de lire le budget, de le questionner et d'en demander des comptes.

Or, la budgétisation participative, mécanisme permettant aux citoyens de contribuer directement à la définition des priorités de dépenses, est quasi inexistante au Bénin, tant au niveau central que local.

L'effectivité de la chaîne de responsabilité

La LOLF a introduit une décomposition hiérarchique en programmes, actions et activités, reproduisant les meilleures pratiques internationales.

Dans la pratique béninoise, la désignation des Responsables d'Action et d'Activité souffre d'ambiguïté : les critères ne sont pas uniformes entre ministères. Au-delà des désignations, demeure le défi de leur fonctionnement effectif.

La clarification des périmètres de responsabilité entre la chaîne programmatique (Responsable de Programme, Responsable d'Action, Responsable d'Activité) et la chaîne administrative classique (Ministre, Secrétaire Général, Directeurs) requiert des arbitrages intelligibles.

Conclusion

La LOLF béninoise de 2013 est une réforme ambitieuse et nécessaire. Elle a transformé le vocabulaire de la gestion publique, introduit des outils de programmation pluriannuelle et permis au Bénin de s'aligner sur les meilleures pratiques de la zone UEMOA. Ces acquis sont réels et significatifs.

Cependant, l'analyse critique révèle un écart persistant entre l'ambition du texte et la réalité de son application. Les budgets-programmes sans force juridique, l'absence de participation citoyenne, la fonctionnalité effective de la chaîne programmatique : autant de chantiers restant ouverts.